Otramérica: 6 mois de route
Otramérica a vu le jour clandestinement le 1er mai et nous avons informé de son existence fin juin. Depuis, 122 000 visites au total et 57 000 visiteurs uniques. Et, le plus important, des centaines d’histoires, de regards multiples réunis dans ce creuset d’humanités.
Lorsque le regard est partagé, grandit, grossit, se multiplie, se fait multitude. Et c’est ce qui arrive avec Otramérica. Nous fêtons aujourd’hui six mois en ligne (un soupir dans le temps des ancêtres) et ceux qui tiennent les comptes de cette modernité numérique déconcertante nous disent que nos pages ont été visitées 120 000 fois et que 57 000 personnes que nous ne connaissons pas font maintenant partie de notre communauté.
Nous savons que la plupart de nos entrées proviennent de tous les coins (avec en tête la Colombie, l’Espagne, l’Argentine, le Panama, le Mexique, le Pérou, la Bolivie, le Chili, les Etats-Unis, le Costa Rica, le Venezuela et l’Equateur) et nous avons de nombreuses autres données qui, en fait, ne nous intéressent pas: parce que nous ne sommes pas en compétition, nous ne sommes pas dans une course, mais sur un chemin, dans un processus aussi long que le sera la lutte pour la dignité des peuples.
Brève nostalgie
Nous avons rêvé d’Otramérica alors qu’une partie de notre équipe (celle de Human Rights Everywhere) vivait au Panama et que nous tentions de rendre visible la réalité que les médias conventionnels ne voulaient pas montrer. Au début, le défi nous dépassait; ensuite, la certitude de sa nécessité nous a poussés. Du rêve à la réalité, de nombreuses lunes ont passé: Otramérica est passé de projet régional à portail global; une partie de notre équipe a été expulsée du Panama en raison de son soutien aux communautés indigènes et de sa lutte contre les mégaprojets miniers; les espoirs d’obtenir des fonds ne menaçant pas notre indépendance sont partis en fumée…
Alors? La force du devoir, la tâche incessante de décoloniser notre pensée et de multiplier les alternatives, l’indispensable travail consistant à relire les droits et les sociétés à partir de points de vue multiples mais toujours alternatifs. Grâce à l’engagement de Rodrigo Fino et de Paula Ripoll à Buenos Aires, au travail monumental de Carlos Reyes au Panamá et de son équipe technique en Colombie, à l’appui conceptuel et au soutien sans limites de Hélène Le Du et de Fidel Mingorance au Luxembourg, aux avis et au regard critique de Sofía Izquierdo, et à la coordination de l’équipe de base, Otramérica était plus ou moins prête en avril 2011 (presque huit mois après avoir commencé).
Le 21 juin 2011, depuis une sorte d’exil, nous avons présenté Otramérica à la Maison des Amériques à Madrid, avec la magnifique présence et l’appui de Mayte Carrasco (pour Reporters sans Frontières) et du très engagé José Manuel Martín Medem. Nous avons pu y écouter des leaders, des communicateurs et des activistes qui ont analysé le pourquoi de quelque chose comme Otramérica. D’autres médias en ont également parlé, racontant notre naissance et décrivant nos traits.
Depuis, nous n’avons pas arrêté: deux routes alternatives (Guyane française/Surinam/ Guyana et Honduras/Guatemala), environ 90 collaborateurs, près de 200 histoires publiées, 60 vidéos, une librairie toujours plus fournie, des références à 160 blogs clefs pour parcourir l’Amérique latine et les Caraïbes…
Nous avons appris et gagné en maturité. Notre pari reste clair: nous sommes partiaux, parce que notre regard part toujours du point de vue des communautés; mais nous radicalisons notre pari tout en gagnant en pluralité de regards. Nous avons encore beaucoup à parcourir. Il y a des pays que nous couvrons mal, des réalités qui nous échappent. Nous y arriverons. Nous avons également appris qu’il y a des personnes prêtes à raconter leur histoire dans chaque recoin de la géographie otraméricaine, que notre rêve d’un financement pluriel fondé sur les dons des utilisateurs est presque impossible ( chacun est déjà tant engagé dans ses micro et macro luttes qu’il est difficile de contribuer à une nouvelle bataille) et que pour maintenir notre indépendance, nous devons accepter la précarité de l’argent coexistant avec la richesse des expériences. Nous avons renforcé les liens avec de nombreux compagnons d’Otramérica, par exemple El Ciudadano [Le Citoyen] (Chili), Antropología de Género [Anthropologie de Genre] ou La Silla Vacía [La Chaise Vide] (Colombie), Mujeres Creando [Femmes Créant] ou El mAERTadero (Bolivia), Espacio Común, El Kolectivo [Espace commun, Le Kollectif] et le Centro de Estudios Estratégicos [Centre d'Etudes Stratégiques] (Panama), Traficantes de Sueños [Trafiquants de Rêves] ou Frontera D [Frontière D](Espagne), Rebelión [Rébellion] (global), entre autres…
Aujourd’hui nous célébrons, nous vous remercions et nous vous invitons à voir une sélection de certaines des histoires les plus passionnantes que nous avons recueillies et multipliées.
Cordialement, de la part de toute l’équipe, de chaque recoin de l’Amérique latine et des Caraïbes.
Certaines (et seulement certaines) des histoires d’Otramérica
Il est difficile de dire quelles ont été les histoires les plus marquantes, tant elles sont nombreuses, mais en voici quelques unes [en espagnol]:
- 15 octobre- Otramérica est partie à Mexico D.F., Lima, Buenos Aires, Santiago ou New York.
- Le sens du grave conflit entre le gouvernement et les mouvements indigènes en Bolivie relativement au TIPNIS
- Nous avons essayé de naviguer sur le terrain des luttes féministes, de la discrimination dont souffrent de nombreuses femmes, des ‘marches des salopes’ organisées sur le continent, de l’indispensable tâche consistant à ‘dépatriarcaliser‘ nos sociétés.
- Nous avons regardé derrière les ombres cachant les collectifs, comme celui des travailleurs domestiques, des communautés comme celles des Ayoreo, des Hmong ou des Naso, des pays entiers comme le Paraguay, les peuples afrodescendants, des luttes comme celles du Sarayaku ou celles des communautés indigènes ou paysannes du fleuve Xingu dans l’Amazone.
- Nous nous sommes posé des questions. Comment ont lieu les violations des droits de l’homme? Quelque chose a-t-il changé en Colombie après la sortie du pouvoir d’Uribe? Qu’y a-t-il derrière les plans régionaux de ‘développement’? Comment les mégaprojets économiques affectent-ils les peuples indigènes? À quoi sert et comment fonctionne la coopération internationale? Comment marche le cirque du football et comment nous affecte-t-il?
- Nous avons présenté une autre manière de penser le développement face à la folie de l’extraction, au cauchemar de Potosí.
- Nous avons assisté à l’arrivée au pouvoir de Ollanta Humala ou à la confirmation de Cristina Fernández.
- Sont passés par Otramérica, en y laissant une partie de leur âme, des écrivains comme Santiago Roncagliolo ou Caballero Bonald, des personnages clefs comme Carlos Tiburcio ou Roberto Savio, ou des leaders sociaux comme Juan De Dios Mosquera, Sergio Ramírez et Luis Mario Martínez…
- Nous avons également présenté un propre mini documentaire sur le peuple Naso Tjër Di du Panama, et nous vous avons conduit dans les vieilles plantations d’esclaves, à une fête africaine au coeur du Surinam ou nous avons partagé avec vous des histoires minimes et indispensables comme celle de M. Pamari.
- Nous avons aussi, dans la tristesse, accompagné dans leurs dernières semailles dans la Pacha Mama certains de ceux qui ont laissé ce temps, comme Facundo Cabral, Raúl Leis, Gonzalo Rojas, Ernesto Sábato, Abdías do Nascimento ou Rafael Menjívar Ochoa.
















